Les symboles racistes et la résistance

Suisse, 21.03.2021




L'été passé, dans le sillage du mouvement global Black Lives Matter, la fresque raciste de l'école primaire Wylergut à Berne a été repeinte dans un but de résistance. À l'occasion de la « Journée internationale pour l'élimination de la discrimination raciale » et dans le cadre de la Semaine d'Action contre le Racisme de la ville de Berne, nous aimerions exprimer notre gratitude envers le remarquable acte militant dont ont fait preuve celleux qui ont montré à la ville de Berne comment répondre à l'imagerie raciste exposée dans un espace partagé d’apprentissage (encadré par l'Etat). Les lettres N, C et I ne décrivent plus une personne Noire, Asiatique et Native américaine. Les enfants, et plus particulièrement les enfants raciséxes, n'ont plus à supporter ces microaggressions et ces formes violentes de représentation.


Grâce au travail des militantxes antiracistes qui ont mis en évidence cette violence raciste et qui se sont organiséxes pour se débarrasser de cette ordure, nous pouvons maintenant célébrer. Lorsque la ville de Berne l'école primaire Wylergut et la commission artistique accueillent une imagerie raciste et coloniale, elles entérinent le racisme structurel, institutionnel qui affecte nos communautés. Une telle imagerie raciste confirme les conclusions de Mandy Abou Shoak et Rahel El Maawi dans la brochure « Rassismus in Lehrmitteln » (traduction : Le racisme dans les méthodes d'enseignements). Cette brochure observe qu’ « avant tout, les personnes Noirxes et/ou raciséxes sont représentéxes de manière péjorative ». Même si la Kommission fur Kunst im öffentlichen Raum des Stadt Bern (la Commission de la ville de Berne pour l’art dans l’espace public) a décidé d'enlever cette fresque de l'école, elle considère toujours qu’il vaut la peine de la conserver dans sa forme originale.


L'imagerie raciste accueillie par la Ville de Berne, et en particulier par l'école Wylergut, ne vient pas contrecarrer le racisme structurel au sein des institutions scolaires – au contraire, elle vient le cautionner. Le cœur de la blanchité clame que les personnes Noirxes et/ou raciséxes sont sous-humainxes, semblables à des animaux. C'est une telle perspective qui a animé celleux qui ont peint cet alphabet imagé raciste mais aussi celleux qui l'ont préservé. Bien sûr, celleux qui défendent les artistes auteurxes de cette fresque considèrent l'effacement de cette peinture comme du vandalisme et de la censure. Iels préfèrent d'autres options : les options qui leur donnent le privilège de créer des projets qui « questionnent » l'art colonial, pour au final récolter tout le bénéfice de ce « questionnement ». De par cette approche, iellxes sous-estiment la violence symbolique perpétuée quotidiennement à l'encontre des enfants qui fréquentent l'école Wylergut, particulièrement les enfants Noirxes et/ou raciséxes.


Le mouvement Black Lives Matter ne peut pas être ignoré. Les évènements de l'été dernier, après le meurtre de George Floyd par la police, ont été cruciaux. Des millions de personnes ont pris les rues du monde entier ; et parmi elleux, des dizaines de milliers à travers la Suisse. Celleux-ci ont manifesté et ont rappelé les noms de celleux qui ont été assassinéxes par la police suisse : Mike Ben Peter, Hervé Mandundu, Lamin Fatty parmi tant d'autres. Les soulèvements globaux pour la vie des Noirxes, participant d’un mouvement et non pas d’un moment, ont pris de nombreuses formes –veillées, commémorations, manifestations, expression artistique, organisation à long-terme et action directe. Pendant que des statues qui commémorent des colons et des esclavagistes étaient renversées à la façon de Rhodes Must Fall, des militantxes de Zürich ont remis en question l'existence de la statue d'Alfred Escher – le fondateur du Crédit Suisse qui a financé les CFF et dont la famille a profité du travail de personnes réduites en esclavage, ce notamment par leur plantation de café à Cuba au 19ème siècle. À Neuchâtel, des milliers de personnes ont signé une pétition pour retirer la statue de David de Pury, un homme qui a amassé sa fortune au travers de l'exploitation d'Africainxes esclavagiséxes. Des étudiantxes et enseignantxes à l'Université de Genève continuent de résister en demandant le déboulonnement de la statue de Carl Vogt, un scientifique, philosophe et politicien allemand du 19ème siècle dont les opinions racistes et sexistes sont bien documentées. Iels revendiquent aussi de renommer le bâtiment portant son nom. C’est dans cette tradition de résistance qu’il faut inscrire les militantxes anonymes qui ont retiré les symboles racistes de l’institution scolaire que constitue l'école primaire de Wylergut à Berne.


Qui considère qu’il vaille la peine de préserver une telle imagerie raciste dans l'espace public? Qui trouve un intérêt dans une telle préservation ? Les statues, les représentations, ainsi que les noms de lieux et de rues qui cautionnent une histoire ainsi que des réalités actuelles coloniales et racistes ont historiquement toujours été défendus par celleux qui sont en position de pouvoir. Nous rejetons non seulement les représentations racistes dans les écoles, mais aussi l'éducation coloniale. Nous défions le statu quo raciste en faisant sortir les ordures. Ces traces d'un passé meurtrier qui continue à se perpétuer aujourd'hui doit être enlevé de notre environnement visuel et entreposé dans des archives spécialisées. Une fois archivés, plutôt que de continuer à déshumaniser et humilier les groupes racisés et minorisés dans le présent, ces symboles devraient être contextualisés de façon à ce que l'histoire du racisme des institutions suisses, mais aussi des résistances à un tel racisme soient rendues visibles. Celleux qui ont recouvert ces imageries racistes ont déployé une approche permettant de décoloniser notre système scolaire et toutes les institutions – puisque ces derniers constituent des espaces publics où tous les groupes devraient pouvoir être présents, participer, apprendre et s'épanouir. Les écolierxes ne sont plus obligéxes de passer devant ce mur qui fait la promotion de la déshumanisation et de la violence.


Au lieu de ça, iel peuvent se rappeler la puissante résistance de celleux qui s'opposent au racisme structurel et scolaire. Que l’on débarrasse les espaces publics de tout objet colonial ! Que l’on renverse les statues racistes ! Que l’on décolonise le programme scolaire et toutes les institutions – non pas en apparence, mais bien dans le but d’un changement véritable et structurel à tous les niveaux ! Honorer un passé violent cela veut dire honorer un présent violent. Nous continuons à défier le statu quo colonial et raciste.


Avec solidarité


Mohamed Wa Baile

Malana Rogers-Bursen

Noémi Michel

Vanessa Eileen Thompson

Suhyene Iddrisu

Mardoché Kabengele

Hamlet D'Arcy

Maneva Tafanalo Salaam

Yahya Dalib Ahmed

Iris Stricker

Dennis Schwabenland

Kanchana Chandran

Andrea Filippi

Epuka Anokwa

Timo Righetti

Brandy Butler

Armelle Ako

Keabetswe Boccomino

Vera Binswanger

Manue Zizzari

Outrage Collectif

Doreen Mende

Tatiana Desardouin

Martijn Kerkmeijer

Bibliothèque féministe La Molène

Sandra Marras

Toon Kerkhoff

ERIF (the European Race and Imagery Foundation)

Tino Plümecke

Lia Terry

Chantal Neuhaus

Dania Murad

The Racial Justice Student Collective (RJSC)

Kutayba Al Kanatri

Bel Parnell-Berry

Young Black Panthers

Tour de Lorraine 2021 - Köpfe und Herzen dekolonisieren!

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